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Artaud -
Automatisme -
Champs magnétiques -
Contraintes formelles -
Inconscient -
Logogrammes - Mode opératoire
- Pensée
Artaud
Titre :
Antonin Artaud ou la fin
de l’ère chrétienne de Paule Thévenin (présentation)
Auteur : Anonyme
Source :
http://www.editions-lignes.com
Antonin Artaud ou la fin de l’ère chrétienne, de Paule Thévenin, resté
inédit jusqu’à ce jour, constitue une contribution majeure à la
connaissance des œuvres du surréalisme aussi bien que de celles d’Artaud.
L’exceptionnelle puissance d’innovation de toute l’œuvre d’Antonin Artaud
a peu à peu incliné à classer celle-ci à part de toutes les autres, dans
un ciel pur de la littérature débarrassé de tout contexte et de toute
époque – de tout groupe même. Cette tendance est justifiée, sans doute,
tant cette œuvre est sans égal ni précédent. Et, de fait, cette
inclination à la rendre absolument solitaire a tendance à la grandir
encore, ce dont il n’y aura personne à se plaindre véritablement.
Il est possible toutefois de porter sur cette œuvre un autre regard ; un
regard qui, loin de restreindre si peu que ce soit son caractère
d’exception, complète celui-ci d’éléments de nature à mieux la connaître
et mieux la comprendre.
On néglige un peu trop souvent, notamment, le compagnonnage, d’abord
complice, ensuite heurté, à la fin toujours fécond, d’Artaud et du
surréalisme. Car Artaud a été surréaliste. Il disait lui-même : le premier
d’entre eux. Il voulait dire par là : le premier surréaliste dans le temps
; mais il faudrait entendre ainsi aussi : le surréaliste par excellence.
Il faudrait admettre alors qu’il y eut, un moment au moins, un surréalisme
d’Artaud qui tantôt s’accorda à celui de Breton, puis s’y opposa,
opposition qu’il fut un temps possible de maintenir au sein même du
surréalisme, avant que Breton prît peur, et se réappropriât les rênes
(réelles et théoriques) du mouvement. Laquelle réappropriation allait
inévitablement se solder par l’exclusion d’Artaud.
Négliger cette période de l’œuvre d’Artaud, c’est s’interdire de voir,
d’abord, que celle-ci témoigne d’une grande constance d’un bout à l’autre
; ensuite, de mesurer combien le surréalisme du à Artaud et Artaud au
surréalisme. Cette révision était nécessaire ; elle est indispensable
même.
Il revient à Paule Thévenin, de très loin celle qui fut la plus proche de
cette œuvre et l’a le mieux connue, de l’avoir réalisé (on rappellera que
celle-ci fut désignée par Artaud lui-même pour conduire l’établissement de
ses œuvres complètes – voir à ce sujet, le livre de Bernard Noël, Artaud
et Paule, publié dans la même collection). Avec la rigueur qui la
caractérise, et un souci de pédagogie manifeste, elle nous donne ici un
livre important (bien qu’inachevé) où sont rétablies les vérités
respectives du surréalisme (essentiellement d’André Breton) et d’Antonin
Artaud.
Chacune des grandes caractéristiques théoriques du surréalisme forme pour
elle l’occasion d’une analyse comparative des positions de chacun, de
leurs différences à leur différend. Que soit posée la question de
l’écriture automatique, ou que le soit celle de la révolution sociale,
elle produit les textes, nombreux, les déclarations, précises, surtout,
elle montre comment la séduction réciproque des deux hommes, pour réelle
qu’elle ait été d’abord et qu’elle soit d’ailleurs restée toujours, était
impuissante à surmonter l’incompatibilité de nature entre une vision
esthétique du surréalisme (Breton) et une vision spirituelle (Artaud), une
représentation révolutionnaire (Breton) et une représentation
sacrificielle (Artaud).
Automatisme
Titre :
L'automatisme
Auteur : Danièle ROUSSELIER
Source :
http://www.centrepompidou.fr
La découverte de l’automatisme verbal constitue l’acte
de naissance du surréalisme. Si pour les surréalistes, et pour André
Breton en particulier, l’écriture automatique est fondatrice, c’est
qu’elle est « la liberté humaine agissant et se manifestant », la région
de la pensée « où s’érige le désir sans contrainte » et où prennent
naissance les mythes.
En 1933 dans le Minotaure, dressant un bilan du message
automatique, il écrit : « la volonté d’ouvrir toutes grandes les
écluses restera sans nul doute l’idée génératrice du surréalisme ».
A travers l’exposition, on s’arrêtera sur des écrits, dessins ou tableaux
qui sont autant d’exemples de cette pratique féconde qu’est l’automatisme
psychique. L’écriture automatique a précédé, historiquement, la découverte
du dessin automatique et autres procédés picturaux autorisant le
jaillissement de l’inconscient. Frottages, décalcomanies et jeux du
Cadavre exquis s’apparentent, dans leur démarche, à l’automatisme. >
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Champs magnétiques
Titre :
Ecriture automatique &
Champs magnétiques
Auteur : Charlus
Source :
Nodal Consultants
L’activité poétique a toujours été plus ou moins
associée à la notion d’automatisme mental. Ainsi Platon analyse la transe
poétique et la résurgence dans un rapport surnaturel / magie / possession
/ folie / art.
C’est à la fin du XVIIIème que l’observation et un début d’analyse de ces
phénomènes s’amorcent avec les travaux de Messmer sur les états
hypnotiques et somnambuliques.
Au XIXème, la mode est aux médiums et au spiritisme : les tables tournent
dans les salons littéraires parisiens. Hugo n’est pas en reste et y voit
la possibilité de parler à Dante et Shakespeare. La solitude à Guernesay...
En 1882, Myers fonde la « Society of psychical research » : il voit dans
le moi « subliminal » l’origine des manifestations automatiques. Lorsque
Rimbaud déclare « Je est un autre » et cherche à se faire « voyant » par
le « dérèglement de tous les sens », c’est à ce moi « subliminal » qu’il
donne la parole.
Les poètes y puisent une source d’enrichissement pertuel, tandis que les
scientifiques et notamment les psychiatres tels Janet [1] puis Charcot,
l’appréhendent comme l’effet ou la cause d’une dégradation de l’énergie
psychique.
Breton et Aragon, médecins auxiliaires pendant la « Grande guerre » au «
4ème Dingue » y fréquentent les soldats traumatisés par leur séjour au
front ainsi que les psychiatres en charge de leur « maladie ».
La « légende » dit que les délires des soldats, les libres associations
proposées par les médecins, les auraient inconsciemment préparés à
l’écriture automatique.
Mais c’est en 1919 que Breton se penche « consciemment » et sérieusement
sur le sujet et "les phrase plus ou moins partielles qui, en pleine
solitude, à l’approche du sommeil, deviennent perceptibles pour l’esprit
sans qu’il soit possible de leur découvrir une détermination préalable
[2]. Dans le Manifeste [3], il donne l’exemple de ces « phrases qui se
cognaient à la vitre »... et d’écrire avec Phillipe Soupault Les champs
magnétiques.
Parce que la fonction première du Surréalisme est de permettre au réel de
la pensée de « s’exprimer soit verbalement, soit par écrit, soit de toute
autre manière...en l’absence de tout contrôle exercé sur la Raison, en
dehors de toute préoccupation esthétique et morale ». >
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Contraintes formelles
Titre :
COLLOQUE « SURRÉALISME ET
CONTRAINTES FORMELLES » - Argument
Auteur : anonyme
Source :
http://melusine.univ-paris3.fr
Comme ultime avatar de la tourmente romantique,
l’écriture surréaliste s’est voulue une libération par rapport aux formes
traditionnelles jugées contraignantes.
Une contrainte littéraire peut être définie comme une règle
supplémentaire, distincte des lois de la langue et des règles du discours,
ainsi que des règles définissant les divers genres littéraires canoniques.
(Cf. Bernardo Schiavetta, « Définir la Contrainte »http://www.formules.net/definirlacontrainte.htm
Contrairement au déclencheur futuriste et à certaines manifestations de
poésie visuelle ou sonore qu’on peut trouver dans le modernisme et chez
Dada, le mouvement institué par André Breton a respecté ces lois et ces
règles. Mais n’a-t-il pas introduit, d’une façon très voyante, de
nouvelles contraintes à visée créatrice comme celles des « jeux
surréalistes », du cadavre exquis au jeu de « l’un dans l’autre » en
passant par le dialogue surréaliste, — contraintes elles-mêmes issues de
certains jeux de société, comme la notation, les préférences, les petits
papiers, l’énigme, etc. ? Les jeux sur le son et le sens des mots de
Robert Desnos anticipent-ils ceux de l’Oulipo ? Peut-on périodiser ces
différents jeux, sans omettre ceux des surréalistes belges, à commencer
par Paul Nougé ?
Plus profondément, l’écriture automatique, le « parler surréaliste »,
n’est-elle pas, elle aussi, une contrainte en visant à interdire aussi
bien l’usage ordinaire du discours que son usage poétique traditionnel ?
Son échec ne semble pas avoir été relevé par l’imitation des différents
types de discours correspondant aux maladies mentales. Quel rapport la
recherche d’une spontanéité affective a-t-elle avec la poésie
intellectuelle du nonsense ?
Le récit de rêve a-t-il été un genre nouveau en prose ? Le poème en prose
a-t-il connu à ce moment une période d’efflorescence ? Le récit poétique
ou le théâtre surréaliste annonce-t-il la libération de certaines formes
nouvelles de roman ou de théâtre ? La maxime poétique chez Robert Desnos
et chez René Char, ou la maxime morale chez Louis Scutenaire,
n’ont-t-elles pas été renouvelées ? La présentation de la théorie
littéraire, sous la forme de manifestes, et celle de la critique elle-même
n’a-t-elle pas été modifiée ?
Dans le domaine de la métrique, la disparition de la charge musicale du
vers symboliste, au nom de la quête de l’image, voire de l’expression des
idées, n’a-t-elle pas renforcé l’hégémonie d’un vers libre des plus
platement « syntaxiques » dans la poésie française ? Ne convient-il pas
néanmoins de reconsidérer le vers blanc chez Éluard, l’alexandrin chez
Desnos, le vers oral d’Aragon ? Quelles formes poétiques cachées peut-on
déceler chez ces deux derniers poètes ? Le surréalisme a-t-il engendré les
« grands poèmes » qui se faisaient attendre depuis la constriction
parnassienne ? L’Ode à Charles Fourier d’André Breton peut-elle encore
être définie comme un poème surréaliste ?
La similarité de résultat entre texte surréaliste et texte oulipien dans
les détournements de proverbes ou de textes classiques, ou dans certains
textes à base combinatoire, comme ceux de Péret ou de Jean Arp, amène à
poser la question des critères de reconnaissance de la contrainte dans un
texte, qu’elle ait été explicitée ou non.
Faut-il rapprocher ou distinguer les productions de « l’automatisme mental
», inconscient ou préconscient, qu’il soit personnel ou issu d’un travail
collectif, et l’automatisme aléatoire, comme celui de la méthode S + 7 ou
des procédures informatiques actuelles ? Quelle est la part de chacun des
deux automatismes dans les jeux alphabétiques d’E.L.T. Mesens, les
variations phoniques de Ghérasim Luca ou la composition rousselienne à
partir de jeux syllabiques de Guy Cabanel ?
Pour le surréalisme, il ne sera pas inutile de revoir les liens avec les
contraintes des arts plastiques, ou même les contraintes de l’intervention
culturelle ou politique, comme les papillons, les tracts, mais aussi l’art
de l’insulte et les manifestations à scandale.
Dans quelle mesure l’Oulipo a-t-il été et reste-t-il une image en miroir
du surréalisme, tant en ce qui concerne son découplage des avant-gardes
politiques révolutionnaires en faveur d’un escapisme souvent ludique
d’allure postmoderne, qu’en ce qui intéresse son fonctionnement interne
qu’il affiche comme non conflictuel ? Son art conscient de la
prestidigitation, avec le dévoilement de ses tours, que d’autres écrivains
peuvent reprendre, n’est-il pas l’opposé de l’invocation à la magie, forme
affaiblie de religion séculière, d’où est partie et sur laquelle s’est
terminée l’activité surréaliste ?
Quelle est la part du surréalisme, et de « l’angoisse de son influence »,
dans l’œuvre de Raymond Queneau ? Comment comprendre la trajectoire de
Noël Arnaud ? Et des poètes à la frontière du surréalisme comme Henri
Michaux, ou Jean Tardieu, ou André Frédérique, n’ont-ils pas exploré
également des contraintes littéraires ?
Autant de questions auxquelles il nous paraît que le moment est venu de
tenter d’apporter des réponses.
Inconscient
Titre :
Faire jaillir
l'inconscient
Auteur : Danièle Rousselier ;
Margherita Léoni-Figini
Source :
http://www.cndp.fr
Très tôt, Breton a découvert la théorie freudienne. Mais
si, pour la psychanalyse, les manifestations de l'inconscient sont bien
des symptômes pathologiques à traiter, pour les surréalistes il s'agit de
l'expression libre et spontanée de la vie intérieure, à exploiter dans
toute sa fécondité.
Pour plonger dans les eaux inconnues de l'inconscient et en rapporter du
nouveau, les surréalistes vont expérimenter diverses méthodes
d'exploration psychique : écriture et peinture automatiques, sommeils
hypnotiques et récits de rêves, simulation de délire et paranoïa-critique.
La pratique de l'« automatisme psychique » constitue l'acte de naissance
du surréalisme. Pour Breton, l'écriture automatique est « la liberté
humaine agissant et se manifestant ». En 1933, dans Minotaure, dressant un
bilan du message automatique, il dira : « J'ai compté sur le débit
torrentiel de l'écriture automatique pour le nettoyage définitif de
l'écurie littéraire. [...] La volonté d'ouvrir toutes grandes les écluses
restera sans nul doute l'idée génératrice du surréalisme. »
Les Champs magnétiques, écrits en deux mois par Breton et Soupault en
1919, sont la première application de cette découverte. Le titre fait
référence à Lautréamont, qualifié de « grand magnétiseur ». Soupault a
rapporté ce que fut la genèse de cet ouvrage écrit en commun « où nous
nous interdisions de corriger, ni même de raturer [...] ce que nous
nommions [...] des dictées ». Celles de l'inconscient. Les deux poètes
noircissent du papier au café La Source huit à dix heures par jour, la
fatigue devant jouer son rôle et les plonger dans un état second. Ils
expérimentent plusieurs méthodes, écrivant en alternance des phrases ou
des paragraphes, ou rédigeant chacun de leur côté avant confrontation. Au
total, une certaine unité a fini par s'établir, et Les Champs magnétiques,
composés de neuf chapitres, sont devenus l'œuvre d'un unique auteur à deux
têtes. C'est ce regard double qui a permis à Breton et Soupault d'avancer
dans les ténèbres, « sur la voie où nul ne les avait précédés » (Aragon).
Une voie dangereuse, car plonger dans les abysses pour remonter un trésor
englouti, ramener du gibier de ces « grandes chasses intérieures »
(Aragon) ne va pas sans risque. Au milieu de l'émerveillement, surgissent
la désespérance, la nostalgie de l'enfance, la solitude de la ville ou
encore la menace d'êtres inquiétants. Les images font ici une entrée
fulgurante : il y a dans Les Champs magnétiques un grand bousculement
d'astres et d'éclipses qui annonce les métamorphoses célestes de Masson,
les Constellations de Miró, le déploiement des futurs espaces surréalistes
de la ville, des forêts vierges, des flores et des faunes sauvages.
De fait, les peintres surréalistes se sont vite ralliés à l'automatisme.
Dali attend des heures devant la toile vierge avant de voir surgir une
image. Ernst utilise le procédé du frottage ou du grattage. Mais c'est
André Masson qui fut le premier à recourir à cette dictée de
l'inconscient. Breton dira que « la main du peintre s'aile véritablement
avec lui [...] éprise de son propre mouvement et de lui seul, elle décrit
des figures involontaires... » (Le Surréalisme et la Peinture). Masson
confiera dans un entretien que le dessin automatique avait pour lui «
presque toujours une espèce de soubassement érotique. [...] Ces dessins
m'avaient ouvert un monde. Un peu celui des médiums. » Masson s'adonne
avec fièvre à l'automatisme, l'expérimente avec d'autres moyens que le
dessin à l'encre. Ce sera l'époque des tableaux de sable : l'artiste étale
de la colle sur la toile posée au sol et projette des sables de grosseurs
et de couleurs diverses. De cette pratique gestuelle surgissent de grandes
plages frémissantes sur lesquelles Masson calligraphie alors quelques
traits instinctifs. Dans les années 1950, cette importance du gestuel
inspirera Jackson Pollock et les peintres expressionnistes abstraits qui
verront ses toiles à New-York. >
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Logogrammes
Titre : ECRITURE AUTOMATIQUE ET ECRITURE
DESAUTOMATISEE (A PROPOS DES LOGOGRAMMES DE CHRISTIAN DOTREM0NT)
Auteur : Henri Michaux
Source :
http://www.textyles.be
(Extrait) - Le logogramme se veut une pratique
expérimentale car, sous son apparence d'image, il doit être considéré
aussi comme une recherche sur les possibilités de l'écriture. Une écriture
qui, détournée de son propre système sémiotique, dé-figurée, rejoint à nos
yeux un autre système de représentation par le fait d'essayer avec
obstination de retrouver d'autres figures, traces d'une origine perdue,
d'un moment antérieur où écriture et peinture étaient encore réunies.
C'est peut-être cette coexistence sur une même surface de deux
composantes, lettre et image, à la fois confondues dans une mouvance de
tracés et nettement délimitées grâce à la présence d'un texte, ce qui
induit Mariën à utiliser les termes de «compromis» et de « faux-fuyant».
Mais à mon avis, plus que d'un accommodement, il s'agirait plutôt, dans le
cas des logogrammes, de la radicalisation du geste de l'écrivain. Pour
revenir aux liens que le logogramme pourrait maintenir avec la pratique
surréaliste qui le précède, je voudrais plus particulièrement m'occuper
ici d'un des procédés les plus discutés en ce qui concerne ce mouvement, à
savoir l'écriture automatique. Sans ignorer les spécificités respectives
du surréalisme parisien et du surréalisme belge ou les désaccords d'ordre
politique et esthétique qui mènent Dotremont à créer Cobra en 1948, il
semble évident que, depuis les premiers textes fondateurs jusqu'aux
manifestations les plus proches de nous, une même interrogation est posée
- aussi bien en France qu'en Belgique - quant au rapport du langage à la
pensée et à l'action. >
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Mode opératoire
Titre :
Manifeste du surréalisme
Auteur : André Breton
Source : Premier manifeste du surréalisme, 1924
(extrait)
Faites-vous apporter de quoi écrire, après vous être établi
en un lieu aussi favorable que possible à la concentration de votre esprit
sur lui-même. Placez-vous dans l'état le plus passif, ou réceptif, que
vous pourrez. Faites abstraction de votre génie, de vos talents et de ceux
de tous les autres. Dites-vous bien que la littérature est un des plus
tristes chemins qui mènent à tout. Ecrivez vite sans sujet préconçu, assez
vite pour ne pas retenir et ne pas être tenté de vous relire. La première
phrase viendra toute seule, tant il est vrai qu'à chaque seconde il est
une phrase étrangère à notre pensée consciente qui ne demande qu'à
s'extérioriser. Il est assez difficile de se prononcer sur le cas de la
phrase suivante ; elle participe sans doute à la fois de notre activité
consciente et de l'autre, si l'on admet que le fait d'avoir écrit la
première entraîne un minimum de perception. Peu doit vous importer,
d'ailleurs ; c'est en cela que réside, pour la plus grande part, l'intérêt
du jeu surréaliste. Toujours est-il que la ponctuation s'oppose sans doute
à la continuité absolue de la coulée qui nous occupe, bien qu'elle
paraisse aussi nécessaire que la distribution des noeuds sur une corde
vivante. Continuez autant qu'il vous plaira. Fiez-vous au caractère
inépuisable du murmure. Si le silence menace de s'établir pour peu que
vous ayez commis une faute : une faute, peut-on dire, d'inattention,
rompez sans hésiter avec une ligne claire. A la suite du mot dont
l'origine vous semble suspecte, posez une lettre quelconque, la lettre l,
et ramenez l'arbitraire en imposant cette lettre pour initiale au mot qui
suivra.
Pensée
Titre :
Philosophie et surréalisme
Auteur : Ferdinand Alquié
Source :
http://www.caute.lautre.net
Il s’agit d’écrire, sans sujet préconçu et
sans contrôle logique, esthétique ou moral, (le laisser s’extérioriser
tout ce qui, en nous, tend à devenir langage, et s’en trouve normalement
empêché par notre surveillance consciente. Car tout, en nous, est discours
et tendance au discours : mais notre conscience réduit nos discours à ceux
qu’elle inspire et contrôle, faisant de notre vie, de nos angoisses, (le
nos gestes, un langage incompris et solitaire, d’autant plus désespéré
qu’il ne se reconnaît plus lui-même comme langage. Par l’écriture
automatique, Breton prétend libérer et manifester ce discours essentiel
qu’est l’homme. Cette méthode incline le surréalisme vers la science, en
laquelle seule, en effet, on peut vraiment parler de méthode,
d’universalité et de révélation d’un logos jusqu’alors caché. Et, cédant,
de ce fait, aux nécessaires postulats de toute science, Breton objective
sa fin, et parle du « fonctionnement réel » de la pensée, que selon lui
l’écriture automatique permettrait de mettre en lumière. Car le
Manifeste définit ainsi le surréalisme : « Automatisme
psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit
par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la
pensée »... « le surréalisme repose sur la croyance à la réalité
supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui... »
Pourquoi, cependant, le fonctionnement
inconscient de la pensée est-il dit plus réel que son fonctionnement
rationnel ? Comment « certaines formes d’associations »
posséderaient-elles une « réalité supérieure » à celle de l’enchaînement
logique ou de l’attention ? On ne saurait, semble-t-il, fournir à ces
questions de réponse vraiment satisfaisante, et il semble bien que le
vocabulaire de Breton, voulant être scientifique, soit inadéquat. Monnerot,
justement étonné par l’expression « fonctionnement réel », suggère de
substituer au terme « réalité » le terme « valeur ». Breton renvoie,
écrit-il, « à une hiérarchie des valeurs dressée contre l’abandon de
certaines propriétés humaines qui ne sont plus guère à l’honneur... ». Et
il ajoute : « Il n’est que trop certain qu’un discours intérieur ou qu’un
flux d’images fait d’avance en nous, malgré nous, sans nous, ne saurait
sans paralysante confusion se nommer pensée, être reconnu supérieur en
principes à tout ce qui se produit autrement... Si l’obscur n’enveloppe
pas ce qu’il y a de plus précieux, si l’opprimé ne vaut pas plus que ce
qui l’opprime, que reste-t-il de l’obscur et de l’opprimé, de leur
prétention au suprême empire sur nos âmes ? ... » Sans accepter davantage
l’expression « fonctionnement réel de la pensée », (née sans doute sous
l’influence d’une conception de la psychanalyse accordant à l’inconscient
une « réalité » ontologique que la conscience claire posséderait à un
moindre degré), je crois que l’on pourrait répondre à la profonde question
de Monnerot, en substituant aux illusoires degrés de réalité de la pensée
les degrés de réalité des mondes auxquels la pensée renvoie. Sans doute,
en effet, la pensée automatique est-elle dite plus réelle parce qu’elle
participe à la poésie, laquelle à son tour révèle le monde de la
surréalité, monde auquel, dans le Manifeste, Breton
accorde la « réalité absolue », et cette fois légitimement dans la mesure
où ce monde lui paraît opérer la synthèse du monde visible et du monde
imaginaire. >
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04/11/08
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