La Poésie élémentaire

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"La poésie est inadmissible, d'ailleurs elle n'existe pas." (Denis Roche)

 

 

 

 

Souvenirs du Goulag

 

des jambes fusées décampent de la terre tandis que des vagues de plomb stupéfient les mers et le sperme de nos femmes. un grand canyon se dépeuple également de fourmis mangeuses de léopard.

rêves sous le sable. qui tombent pile. oblitèrent l'ouvrage-temps. cartes postales endolories. varech s'éternisant, lacérant les chairs. la pluie blessée disperse infiniment... les pupilles éclatées de l'aube souricière.

les oiseaux de proie fulminent sur la glace. l'azur est couleur kaki et des petits champignons crèvent dans l'Eldorado. mouettes bousillées, les falaises s'échappent

bivouac de la dernière chance sur la plaine d'airain. l'albâtre ruisselle des casques. en un clin d'oeil la lune fraye les autoroutes du ciel. un cliquetis de rasoirs électriques taillade le brouillard. les balles anti-matière ricochent sur des sexes non moins absents. un étron vole en éclat réveillant les angelots-téfal. tessons d'abeille, le gaz s'installe.

 

L'ire

 

Je ne peux rien affirmer pas plus que ma mort
Quand une fourmi à feu et à sang
Roucoule c'est la fin de l'Homme-Express
La navigation sur le dos des baleines
Les clichés cleenex
Les anguilles dérogent à la règle
Dans les caniveaux les rats jouent aux étrons
Sexe en poupe
Croûte de lexique
 
Passe un moment de panique
Ici le sang n'a qu'un tour d'avance
Sur les cyclones
(On se paiera des sirènes
dans les camions-cinémas)
 
Jack l'éventreur est vivant
Se mire dans les catadioptres
Je veux une certaine terreur des rendez-vous
Toute situation compromet terriblement
Mon squelette fatigue
Une fille me sert le café de la mort
Une fesse me file entre les doigts
Je scrute gravement
Les ans voûtés / le signe / le singe / et la monnaie
De nos champignonnières atomiques
Le feu rauque de mes babines
 
Les éléphants filent vers les cimetières
Le manganèse transpire
Très beau
 
Je vis au vitriol
J'ai navigué pas souvent dans les rafales de conjugaison
Et la mer à deux pas comme un rhum débranché
Je montre mon visage dans les cafés de la gare aux troubadours BN
Et j'ignore l'univers
Arbres juteux s'épellent mieux dans le ciel
 

Halte à la hâte :

Vous n'êtes pas sans savoir
Les signes de l'aube
Dans vos paupières cadenacées
La cigarette post-caféine
Les mots bleus des cimetières

Faites photocopier le Suaire

 

Le ciel dans la rue

 

tout meurt
un nouveau-né tousse, craque
inaugure la parole
 
des bouches de flamme fusionnent à même la nuit
tu esquisses un sourire d'éloignement et de partie remise
suffoquée de naître
 
tout se hait
se met à mal, mal à l'aise
dilate la gêne

j'insinue mes rêves

dans mes pas - la trêve
presque le frisson
 
ici traînent mes viscères
à leur tête ma mort
à l'heure dite et entendue
 
ma voix d'un air de dire
il y va de la vie
les cadavres blancs des sages dans les fondrières
 
une odeur méphitique
dans les rues grises cancérigènes
& l'homme-femme cingle sur les sarcasmes
 
et mon moi dégringole dans ce corps silencieux
nuit la nuit
il y a des gens qui passent et cela ne vous regarde pas
 
je pris mes habits d'homme
aux interstices du jour
le temps streep-tease dans l'entre-deux des lèvres
 
voilà je suis dehors, où aller ?
je passe devant la lune
- mon indifférence - et vice versa

 

Lavomatique-blues

 
Je suis fou de terre
Ravale son magma griffu
Ses tigres aux dents de sabre
 
Légendes paratonnerres & presse du coeur
La foudre anesthésiera la lune
Et son calot
 
La rencontre tard
des phalènes au fond des bois

 

Mille creusets

 
l'été fluorescent
zombies à perte de vue
tic-tac des plages
ridées
 
sue l'araignée que traverse le métal
l'estampe calcinée
rives du bois flottant
à la limite l'ancrage
soudain d'un cil dans l'océan
 
pieuvre pour coeur
cimes cierges à l'orée
perles neige des lames et
mousse air aigle
désert mille creusets
fourmille allume rimes
titube vers deux ou trois fourrés
ruisseau lapé d'un rien
 
plis tissus
laquée lumière, parallèle,
ivresse, torsion ses sentes où
pupille Orient
nids d'engins, cils barbelés
ta frugale & lente
décomposition
 
surpris l'instant défait
le cri accru d'une herbe
et le ris jaune du gaz
(une pagaille de cils morte)
les parallèles font des noeuds toutes
les lettres s'épellent infiniment
 
mâle aise
dans
les capsules d'eau
le gel l'abris
- ferrovière
du mal
 
chats avalanches
rêves caves
veines extra-mild
des mues
épingle kilomètres
dans le pharynx
transsibérien
 

 

La langue rapeuse de l'agonie

 

Régulièrement
dans les autobus urbains
de vieilles femmes meurent sur mes genoux.
 
A cet instant
une méduse dégoupillée
saute dans le film.

 

L'air grave

 

A l'angle
Une femme imagine
Garçon
Facile
 
L'air gelait
l'on sectionnait les scènes
Faciles
L'air grave
 

 

Grand Langulaire

 

par où le chant
redouble
s'adoube
gicle
où la langue a-vide, a-verse
s'abat
se pleure,
réversible, versatile
la verse la verve
 
ce qui est dit est dit
j'a-voue ma naissance
en vérité
du voile
de la langue
prise au mot, prise au piège
 
le monde
je me le tiens pour dit
et m'en tire à bon conte...
 
tout-à-coup, coup double
la coupe
la coupure
du moment
coup d'essai, sous-coupe
coupe sombre, blanche
sous la coupe
du temps
coups d'à-coups, tirés à vue
nature coupage
la coulpe, couper
 
laisser dire
le dire
(de la narration)
le registre des gisants
le géant démembré ainsi se compte

 

Catastrophes

 

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