ENCORE UN EFFORT ! SOYEZ TOUS DES FRENCH WRITERS !

 

Une littérature-monde en français voit le jour !

 

Ecrivains de tous les pays, écrivez en français, cette langue orpheline [1], le francien avec sa francisque & sa coupole ! La fancophonie de notre néo-colonialisme est morte, j’en conviens..

Quel est donc ce manifeste « pour une littérature-monde en français (P1L-M.fr)» sinon un ses avatars globalisants, mondialisants pour attirer (VIP in french touch, please) des écrivains à venir, passant du Pont des Arts (après le pont Mirabeau) à la Coupole, combler ce déficit de noblesse originelle qu’est le français (francilien jacobin), langue en réalité créolisée de bas latin parlé frotté de gaulois & massivement de langues germanique franque.

No franco d’port ! d’ces origines honteuses n’peut guérir, d’être bâtarde & marâtre (oc/oïl) !! « il y a ds la langue française comme un manque. Le paradis de la latinité a été perdu ; de cette perte on reste inconsolable » (op. cité p.24). Faut donc lui redorer le blason, grâce à Gaston Paris ( quel hasard 19° !) & des 4 quartiers du monde, à présent. Nous causons écrivons le francilien, des bords de Seine : Collège de France, Académie Française, Institut, ENA, etc !

« La littérature-monde » va enfin pouvoir libérer la littérature française de son narcissisme derviche-tourneur (souhaitons ! mais rien n’est moins sûr à la pointure timbre-poste de l’Hexagone !) & c’est via les derniers prix littéraires attribués à des écrivains étrangers écrivant en français-franci(li)en qu’on voudrait le démontrer ; tout particulièrement le K Jo.Littel avec « Les Bienveillantes » & son double adoubement (Goncourt, 1° à la French  Star Académia)(devenu citoyen français, depuis) .

La littérature monde à l’aune du français va enfin pouvoir convoquer le monde (« ses saveurs », « ses senteurs », celles, certes, des étonnants voyageurs…& celles des « Bienveillantes » ? où rampe la complaisante banalisation de l’abjection sarkonazie ?) !

« La littérature-monde » va enfin pouvoir ouvrir « de nouvelles voies narratives » ! Oh oui, car hybrides, métissées depuis Don Quichotte, Tritram Shendy, Rabelais, le Nouveau Roman, etc…Il ne fut nul besoin de manifeste (hors celui Dada, Surréaliste, mais en subversion avant-gardiste, Lettriste, Situationniste, etc…) ou de ce programme de néo-restauration (cf l’infra post moderne –sic-).

Alors que tous les écrivains afro-caraïbes ne cessent de renouveler, d’inventer une langue hors de la dite normée francilienne, de l’exporter, de l’importer en un mouvement incessant (quelle jouïssance à Chamoiseau, à A.Césaire, E.Glissant – bien qu’il « s’y »signe- !) qui lui renvoient son intrinsèque créolité, donc à amalgamer, récupérer ds la défunte « francophonie », ô bétonnants écrivants !

Que nous trame, ce point aveugle, cette entreprise ? sinon du révisionnisme qui veut faussement ressourcer le français qui masque d’arrogance son angoisse de la bâtardise (op. cité p.129) aux 4 coins du monde alors qu’il n’y a que des littératures écrites en + de 2000 langues, (que des traducteurs de génie nous font passer des C.McCarthy, A.Schmidt, J.Joyce, Kourouma, W.Soinka, C. Gadda, T.Pynchon, A.Carpentier, Selby.jr, E.Jelinek, A.Lobo Antunès, J.Rios, Guimararès Rosa, H.Melville, Lezama Lima ..)  

alors qu’un écrivain est celui-celle qui travaille la langue qu’il a choisie (S.Becket, par ex), la cuisine pour se l’approprier (sans prières à la nation là, je suis d’accord, mais sans les autres douteuses confusions de l’y raccrocher par ce subterfuge-), en explore les possibles, en bouscule (le cul ds la boue d’ses origines !) la vernacircularité & versalité journaliste devenulle, la réinvente non pour dire le monde mais le quid du réel, de l’imaginaire …

Il y a des litérratures mondes du plurivers de la terre d’hommes-femmes qui écrivent, que nous lisons, hors ghettos, hors catégories, il y a la plasticité des langues. Il y a la Tour de Babel, no french touch !

Avant même de voir le jour en mai, ce manifeste sous quelle bannière constellée est un caduc avorton !

Alain ROBINET


 

[1]  Je fais plusieurs allusions au très roboratif livre de Bernard CERQUIGLINI : »Une langue orpheline », Minuit.

& me fais l’écho de la perplexité, in « Le Monde des Livres », d’Amadou Lamine Sall & Lilyan Kesteloot &  d’Alexandre Najjar, 03-07. Tout en souscrivant au papier de J.Rouaud qui répond au dévoiement fait aux « Champs d’honneur » par Sarko. J.R., pour autant signataire de ce pseudo-manifeste in « LML » du 16-III-07 !