MANUSCRITS - 2

__________________________________

 

 

PASCAL KAESER

 

Gerbes de brèves

&

Berges de verbes

 

version provisoire

 

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

Gerbes de brèves

 

HAIKUS DROLATIQUES (certains ont paru dans Florilège n° 118)
INVENTAIRE D’INVENTIONS (paru dans Le Périphériscope n° 29)
MINIATURES (certaines ont paru dans Florilège n° 107 et 111)
HOLORIMES, PALINDROMES & PANGRAMMES
RÉPONSES À QUELQUES POÈTES
FATRASIES (certaines ont paru dans Le Poil du monde n° 12)
TRAVAUX PRATIQUES

 

Berges de verbes

 

DÉTOURNER

Gel Desdichado (paru dans Le Coin de table n° 24)
À la limite (paru dans Florilège n° 110)
Le Misérable (paru dans Le Coin de table n° 24)
Ma pensée a vécu d’avance (paru dans Le Coin de table n° 24)
Les Choses mode d’emploi
Un homme et une femme
Voyelles
Hitchcocktail
Centon tiré du néant (paru dans Formules n° 3)

STRUCTURER

Les 8 trigrammes du Yi-King
Au deux du mois de juin
Mais où est donc Ornicar ? (paru dans Tangente Hors Série n° 28)
Découper carrément
Variante de sextine
L’art est-il obscur ? (paru dans Florilège n° 11 et dans Les Nouvelles d’Archimède n° 34)
Chantez l’or du Rhin (paru dans Tangente n° 73)
C’est mon choix d’en parler (paru dans Tangente Hors Série n° 28)
Tubes
Plus loin que Noé
Hexadécaphonisme
Design
Quatorzine en sonnets

PENSER

Que faut-il en penser ?
Je te m’aime
Le mur des réformateurs
Les voix du voyage
Sermon du Diable
L’heure de se lever
devoir de respect
Ecce homo
Quel enseignement tirer de la folie ?
Sujet
Qui périra le dernier
Avant j’errais, maintenant je gère

RIMER

J’affermis l’or du Styx
Impro
Catalyse de mythes
Voeux
Un jeu fâcheux m’attire
Les pierres du lac de Genève
Ballade X
Théâtre de rue
Strip-Tease
Enigme historique
Arcane XIII La Mort
Depuis que je suis mort

INSISTER

Ce qu’il fallait répéter
En quelques lignes
à propos de la mort
Compter (paru dans Le Périphériscope n° 31 ;
des extraits ont paru aussi dans Tangente Hors Série n° 20
et dans Pour La Science n° 327)
Un nuage de points (paru dans Le Périphériscope n° 30)
La seule chose qui compte
De cela

CRYPTER

Cryptocenton (paru dans Le Coin de table n° 24)
Fausse charade
Bibliographie de la cryptographie artistique
Noyau colorié pour Arthur, par l’écho d’Iris

RESTREINDRE

Roulis
C’est le bouquet !
Sonnet
Ballade
Tartine (première mouture)
Jeu : je lis l’ibis bis

EXAGÉRER

Un avant-goût de tout

Le point sur la longueur
L’heure est grave
Éloge de l’aisance
Tour de cartes
S’aligner su la majorité (paru dans Méthodes de français 2e/1e, Éditions Nathan, 2004)
L’anthropopresse
abracadabrantesque
En librairie
Poésie contemporaine
Brève histoire du plus long roman jamais écrit (parue dans Poésie/première n° 31)
Logomachine


 

 

 

 

 

Gerbes de brèves

 


 

 

 

HAIKUS DROLATIQUES


 

Définition

 

Poème en trois vers,

de cinq, sept et cinq syllabes,

venu du Japon.

 

Acrostiche

 

Zénobie exprime

un dépit par un mot court

tout à fait poli.

 

Petite annonce

 

Vampire élégant

voudrait rencontrer Persans

pour boire des coups.

 

Immoraliste

 

Parler bien du bien,

c’est dire du mal du bien

et du bien du mal.

 

Aztèque

 

Chicomécoatl,

Yaotl et Quetzalcoatl

schtroumpfent du peyotl.

 

Syllogisme

 

Tout homme est mortel.

La mortadelle est teutonne.

Donc Socrate étonne.

 

Existentialiste

 

Je suis l’être-là,

dont le soi tend vers le moi

ou se noie en toi.

 

Tricolore

 

Quand le cordon-bleu

est trop cousu de fil blanc,

le Français voit rouge.

 

Tautogramme

 

Ta tata t’a teint.

Ton tatou t’a tout tâté.

Tu t’es tu, têtu !

 

Fable-express

 

Ne faites par peur

aux enfants ! Moralité :

Terreur n’est pas conte.

 

Rimes équivoquées

 

Près du perroquet,

le chien se repère au quai.

L’ara : – Paix, roquet !

 

Anagrammes

 

Il faut le noter :

notre ténor sur son trône

doit faire un étron.

 

Tum-tum

 

Sous un post-scriptum,

l’erratum ad libitum

sert d’ultimatum.

 

Chanson

 

Au clair de la Lune,

je dois payer mes impôts.

Prête-moi des thunes !

 

Adultère diététique

 

Bill, un boulimique,

cherche une grasse maîtresse

pour tromper sa faim.

 

Écrivains

 

Genet l’a planté.

Racine l’a prise en France.

Char l’a tiré loin.

 

Proverbe

 

Qui sort un proverbe

au lieu de sortir sa langue,

ne sort pas du rang.

 

Monovocalisme en e

 

Le PDG sec

presse le désespéré

de fermer le bec.

 

Monovocalisme en u

 

Brutus, l’urubu,

crut qu’Ubu but du pur jus

sur l’urus du duc.

 

Monoconsonnantisme en s

 

À Suse, Isis use

ses oiseuses oasis

où Sue a sué.

 

Notes de musique

 

Dos ciré, Rémi,

l’ami lascif adoré,

l’ado si miré.

 

Séquence vocalique

 

« L’art me fit cocu

avec l’inconnu caché »,

dit l’obscur grand clerc.

 

Palindrome

 

ô nécessité,

relis « net » sur « ustensile »,

retisse ce nô !

 

Épistolaire

 

Ma chère Claudine,

j’ai quelque chose à vous dire.

Bien à vous, Pascal.


 

 

 

 

INVENTAIRE D’INVENTIONS

 

Mes inventions ne tiennent pas debout. Je me contente de les coucher sur papier pour asseoir ma réputation.

 

Des lunettes pour lire entre les lignes (elles font notamment apparaître les mots invisibles écrits à l’encre sympathique).

 

Une balance pour peser ses mots (utile pour raconter une histoire légère ou développer des arguments de poids).

 

Un altimètre pour mesurer la hauteur des pensées.

 

Une pommade pour cicatriser les plaies d’argent (appliquer deux fois par jour sur la lésion — pour pièces en tous métaux).

 

Une poche pour y mettre sa langue (scientifiquement humidifiée, afin que la langue ne s’y dessèche pas).

 

Une pâte pour y mettre la main (isolation thermique complète — utile les jours de grand froid).

 

Un arc à tirer des conclusions (avec plusieurs vitesses : pour conclusions hâtives ou tardives — grande portée).

 

Un ascenseur pour faire monter les prix (rend d’inestimables services aux commerçants).

 

Une pilule contraceptive pour montagnes (à l’usage de celles qui ne veulent pas accoucher d’une souris).

 

Un calendrier avec douze mois de mai (pour faire ce qui vous plaît durant toute l’année).

 

Un climatiseur pour faire mûrir les réflexions.

 

Un pistolet propulseur de bave de crapaud (indispensable pour avoir des chances d’atteindre la blanche colombe).

 

Une cheville pour attacher l’âme au corps (permet d’éviter les envolées lyriques).

 

Un spray bovicide (inoffensif pour l’homme — s’en asperger la langue pour tuer tout bœuf qui serait dessus).

 

Un liquide qui annihile la pesanteur des tissus biologiques (sur simple injection hypodermique, rend instantanément la cuisse légère — utile aux séducteurs peu scrupuleux).

 

Un bandeau transparent à isolation thermique (pour ne pas avoir froid aux yeux).

 

Un immobilisateur d’auriculaire (pour ne pas bouger le petit doigt).

 

Un onguent ignifuge pour ne pas se brûler les ailes (recommandé aux anges — si vous n’êtes qu’un simple humain, peut aussi, sous forme de shampooing, vous prémunir contre la tentation de vous brûler la cervelle).

 

Un appareil à tatouer pour vous faire une belle jambe (dissimule les varices).

 

Une housse pour bouteille (en satin doux — destinée à tous ceux qui aiment caresser la bouteille).

 

Une laine pour filer le parfait amour.

 

Un tableau noir penché (idéal pour enseigner à des élèves qui comprennent tout de travers).

 

Une puce électronique à greffer sur le bout du doigt (pour connaître parfaitement tout sujet).

 

Un couteau universel pour couper les vivres.

 

Un étal de boucher athée pour débiter son chapelet.

 

Une mini-poêle en Téflon pour dorer la pilule.

 

Une petite casserole pour échauffer la bile.

 

Des gants sans doigts, en caoutchouc ferme, pour dormir à poings fermés.

 

Un poste de radio sans son (pour n’écouter que son courage).

 

Un tonifiant musculaire pour entrer en vigueur.

 

Une pierre philosophale qui opère directement la transmutation du temps en argent.

 

Une assiette géante permettant d’être dedans.

 

Une chose à porteurs (pour être porté sur la chose).

 

Un micro d’espion, se fixant sur les nuages, pour être dans le secret des dieux.

 

Un urinoir en forme de violon.

 

De l’ammoniac pour ranimer quelqu’un qui se serait évanoui dans le brouillard.

 

Un compas géant pour faire cercle autour de quelqu’un.

 

Une cuillère spécialement étudiée pour faire rentrer les mots dans la gorge.

 

Un condiment pour faire passer le goût du pain.

 

Une huile pour faire la grasse matinée.

 

Une boîte à outils contenant de tout (indispensable pour faire un monde).

 

Une hache pour se fendre la gueule (suicidez-vous en riant !).

 

Un fichier pour ficher les foies.

 

Un album pour constituer un herbier avec de beaux brins de filles.

 

Des baskets à jets d’acide (pour qu’on vous les lâche).

 

Un attendrisseur de mots (pour ne pas les mâcher).

 

Un crayon pour marquer le pas.

 

Des pastilles amaigrissantes (pour ne pas peser lourd et jouer au plus fin).

 

Un aquarium à pétrole (pour noyer le poisson).

 

Un plan détaillé des Enfers (pour aller au diable).

 

Une tasse minuscule pour boire du petit lait.

 

Une chaussure sonore pour faire un appel du pied.

 

Une trousse de premiers secours (spécialement indiquée pour les jours où il pleut des hallebardes).

 

Des choses n’ayant qu’un côté (pour les prendre du bon).

 

Un piège à cervidés (pour prendre son élan).

 

Un casque réfrigérant pour rafraîchir la mémoire.

 

Une trousse médicale d’urgence pour sauver les apparences.

 

Un traité de manucure (pour tout savoir sur le bout des ongles).

 

Un plan de l’auberge (pour en sortir).

 

Un ciseau pour tailler une bavette.

 

Des farces et attrapes pour taquiner le goujon.

 

Un tuyau pour vider les lieux.

 

Un scalpel pour ouvrir son cœur (à l’usage des jeunes gens timides qui éprouvent maintes difficultés à exprimer leurs sentiments).

 

Une machine à calculer permettant de soustraire n’importe quel nombre au regard.

 

Un cache-nez pour ne plus se laisser mener par le bout du nez.

 

Une chaîne pour ne pas perdre la boule (recommandée aux vieillards).

 

Un assortiment complet de micro-instruments de torture (le matériel dont rêvent depuis longtemps tous ceux que tourmente le désir de faire du mal à une mouche).

 

Un couteau remarquable qui coupe même le souffle.

 

Un treuil pour lever une fille.

 

Un manuel d’acupuncture (permet entre autres de localiser le point d’honneur et de le chatouiller).

 

Un analyseur de viandes, qui permet de différencier le lard et le cochon.

 

Un porte-voix pour crier dans le désert.

 

Des WC dont l’acoustique a été spécialement étudiée pour pouvoir s’écouter pisser.

 

Un sabre en acier trempé (pour donner des coups d’épée dans l’eau).

 

Une mire de géomètre pour évaluer la mesure du possible.

 

Un corset pour empêcher que l’on se torde de rire.

 


 

 

 

 

MINIATURES

 

Rimes alphabétiques

 

Nausicaa / me déplomba. / Polo coca, / bas réséda, / slip nymphéa / sur le sofa. / C’est la saga / d’une geisha, / d’un dahlia / éclos déjà, / couleur moka, / parfum lila, / qui m’alluma, / qui me donna, / contre un boa, / l’air d’un sherpa. / Rien ne manqa / à l’opéra / qui nous grisa. / L’amour bêta / m’exténua. / La Gradiva / d’Okinawa / me désaxa, / me foudroya / et me gaza.

 

Graal-phonie

 

Perceval, pair civil, pur, sans voile, perd sa ville, part, s’envole pour son val, perce un vil Persan veule. Peur s’avale.

 

Sent-on ?

 

Sang ! ton centon s’ente – on s’en tond ! Sentons cent thons, santons, sente, once, ans, tons ! Sans tongs !

 

Méli-mélo

 

Salut l’ami ! J’ai vu Lima, j’ai vomi là plus qu’au Mali.

Ma Salomé m’a dit les mots d’un vieux mélo. Faut m’immoler !

Un mec l’émut : un allumé, un émulé, un homme élu.

Ce gars l’aima sans la blâmer. J’eus très mal et tout se mêla.

 

Bout rimé

 

Mary lut dans le marc

que ramer dans la mare

ou rimer dans la mer

ranimeront la mère

qui mourut dans le mir

où l’amoureux se mire

et le moral est mort

aux pieds d’un marin maure

murmurant au long mur

que la morale est mûre.

 

Paréchèmes

 

Zanzibar : bar barbare.

Malabar : barbe, ars, barre.

Racontar : tard, tartare.

Avatar : tarte, art, tare.

 

Lu & relu

 

Il semblerait qu’à Honolulu Lulle eût lu « Lulu l’ululante ».

 

[« Lulu l’ululante » est une pièce de François Vedequin, un obscur auteur de la fin du treizième siècle.]

 

Aine

 

Nini, une nana ionienne née à Ioannina, ni nounou, ni nonne, ni oie, a ânonné un ana à Annonay : « Annie a noué un unau à un ânon, un aune à une anone, un ion à un éon. Anna, une aînée, a uni Anou à une Nina, Enée à Ino. Anne a nui à un Noé noyé à Enna, a ennuyé un Onan noué à Iéna ». À Eu, Nin a ânonné : « Nini a un néné nain ». En Ain, Ninon a nié : « Non, nenni ! Nini a un néné inouï, un néné où un Ney, une année, a ouï ! Nini a une aine où Inönü, néo-éon au noyau en néon, a — nu — noué une union ». Nuée à Nyon, où nana Nini a eu un nano-anneau en anion. Une eau unie a noyé un ennui inné.


 

LSD

 

   Alésia : Duilius — dieu ailé, as adulé — soude la suie de la Suède à l’os d’Élise d’Aulis. Adieu loué Saadi — alias aède au lis — idole aisée d’Éole, séide lié au Sud, lieu osé du lèse-Adélie. Si Délos aide Luis, Odile, Sadoul ou Esaü, dilue soda, aloès, deuil ou soie d’Élysée, adieu Elie, Sade, Ali Saïd. À l’aise, Dali ose au delà (si Doyle use de l’oside).

 

Elsa

 

   À Alès, Elsa a salé l’ale, la Lesse, la Saale. Allée à Salé, là, elle a sellé La Salle. À Lasalle, la salle à salsa l’a lassée : elle a alésé le sas.

 

   Las ! Al — l’as ès lé à l’alèse sale — se lasse : Elsa a lésé les aselles, les allèles à El, les Ases, l’Asala ! Al la lèse à l’esse. Aléa...

 

Lest

 

L’été, le leste Tell tète Estelle (elle este !), teste le Télétel, le sel este et le lette, leste ses sets, ses tees et ses esses, selle Lee, lèse Sée et étête stèles et tsé-tsé. Tel est Tell.

 

La vraie vie est en ce monde

 

Je perds  LE NORD quand j’ai peur.

Le danger du froid me pousse

à descendre vers les fruits.

L’OUEST me balance à L’EST,

car il faut tourner pour vivre.

L’effroi tombe en voyageant.

Voici     LE  SUD et j’exulte !

 

La politique est partout présente

 

Je  suis   EN HAUT quand j’ai soif

d’inventer des monologues

qui chahutent les idées,

À GAUCHE, AU MILIEU, À DROITE,

afin que les valeurs bougent,

que les idoles s’écroulent !

Peuple   d’EN  BAS, hisse-toi !

 

Au bord du trou

 

Je ne comprends plus rien, mon esprit est comme embroché.

Je ne dois pas boire comme un trou, non, non, non, stop !

Je ne veux pas finir au trou      au trou des misérables.

Ne pas tomber dans le trou          le trou du désespoir.

Je désire faire mon trou              un trou qui libère.

J’ai la trouille du trou              du trou de mémoire.

À quoi bon creuser le trou          le trou qui désunit ?

Tout individu bouche un trou      un trou qui est sa vie.

Il faut un jour sortir de son trou, mourir pour renaître.

Je comprends qu’un regard a besoin de changer de serrure.

 

Regard décalé

 

Voir  de plus en plus loin  permet

d’avoir l’âme ouverte à l’accueil,

de  pouvoir   savourer  l’instant,

de   concevoir  des projets  fous,

de   se   promouvoir   troubadour,

d’être  heureux  de  savoir jouer,

d’offrir  sa  peine  à la  voirie,

et  de  repousser      le  devoir.

 

L’érosion s’érode et l’amour revient

 

EROSION

EROSIO

EROSI

EROS

 
 

Air de rien

 

rIEN

 

Un petit roque

 

La comète annonça le rock,

qui provoqua le désarroi

parmi les preux et les aurochs.

Lorsque le rythme en grand arroi

agita le stuc et le roc,

les ducs perdirent leur sang froid,

les tsars pissèrent dans leur froc.

Qui vint à son TOUR ? C’est le ROI.

 

Amis, entrez dans la danse !   [code cyclique sur GF(3)]

 

Dans l’Alabama d’Anna, la samba flamba,

le bal siffla, le val vibra, le bar tinta,

grisant les gars, liant les pas, triplant l’éclat.

Angela vrilla, trembla, gifla et glapit.

Western zinzin, fête d’ici, enfer divin !

Vivent les titis, les gredins chics, les festins !

L’art gicla, zébra, brilla, cercla l’immanent.

Le cri timbré de Vicki retentit, strident :

« Hip, hip ! mes chéris ! L’hiver est fini, semez ! »

 

Pipoème

 

Effet de pépie épique ou pire :

dans le fourneau d’une belle pipe,

une pipistrelle a fait pipi.

 

[En comptant la syllabe « pi » dans chaque vers, on obtient respectivement 3, 1, 4.]

 
 

Carré magique

 

Un ténébreux crie.

Comment tenir bon ?

Orphée a triomphé.

 

[En associant à chaque mot le nombre de lettres qu'il comporte, on obtient un carré magique.]

 

Carré gréco-latin

 

Barman turc, on est divin...

En avant sur zinc, colons !

Gin, menthe, arak : stock bu !

Donc: « Fi ! Peste ! ». Putsch, sac.

Futur job : « Instit, ma mère ! »

 

Si, pour chaque mot, on écrit l’unique voyelle qu’il contient (une ou deux fois) suivie du nombre de lettres, on obtient le carré suivant :

 

a6 u4 o2 e3 i5

e2 a5 u3 i4 o6

i3 e6 a4 o5 u2

o4 i2 e5 u6 a3

u5 o3 i6 a2 e4

 

Il s’agit d’un carré gréco-latin (ou carré eulérien) : chaque voyelle et chaque nombre est présent dans chaque ligne et chaque colonne ; chaque couple voyelle-nombre est présent une seule fois.

 

Couples de voyelles

 

Comment tuer l’instant neuf, bannir l’écart futur, briser l’esprit luron qui distord tout canon moral, honnir avant l’écho l’intrus aux brûlants instincts cochons ? Avec l’Enfer !

 

[Chaque couple possible de voyelles est présent dans un seul mot et chaque mot (hormis « l’ ») contient deux voyelles.]

 

Couper les cheveux en quatre

 

Un esprit sûr

dans un corps mûr

voit-il vraiment

les éléments

furtifs qui vont

mesurer son

étonnement ?

 

[En comptant le nombre de syllabes dans chaque mot, on obtient, vers après vers, respectivement : 1+2+1, 1+1+1+1, 1+1+2, 1+3, 2+1+1, 3+1, 4, c’est-à-dire les sept partitions ordonnées du nombre 4.]

 

Permutations de « Permutations »

 

Permutations :

Un trompé sait

mentir au stop,

puis noter : « mat ! »

et « mort au spin ! »

 

Ferme

 

À la ferme, j’ai l’esprit ferme ou je ferme ma gueule. Loin de la ferme, je ferme mon cœur avec une volonté ferme. Par contre, je ne ferme jamais les yeux et j’attends de pied ferme les ennemis de la ferme. Puisque toute plaie se ferme sur le chemin de la ferme, je tends une main ferme à mon prochain. Mais dois-je rester ferme si je veux que la ferme ne se ferme pas à l’imprévu ? Quoi qu’il en soit, d’un style ferme, je ferme le chant de la ferme.

 

[Ce texte met en scène les six permutations possibles de trois éléments qui sont : le nom « ferme », l’adjectif « ferme » et le verbe conjugué « ferme », à raison d’une permutation par phrase.]

 

Nombres autopermutants

 

Chacun des nombres suivants est égal au nombre de permutations possibles des chiffres et des apostrophes qui le constituent :

 

31’725’945’021’352’982’400’000

91’957’651’644’391’619’486’400’000

853’740’676’447’588’582’081’228’800’000

 

et il n’y a pas d’autres solutions jusqu’à 30 chiffres.

 

Les raisons de la galère

 

L’enfant d’un vigneron / de Gascogne

buvait des biberons / de Bourgogne,

puis frappait les barons / de ses pognes,

vomissait des jurons / sans vergogne,

draguait des laiderons / de Pologne,

faisait le fanfaron / à Cologne,

mangeait des chaperons / de Sologne

et barbouillait d’étrons / les cigognes.

 

À père vigneron, / fils ivrogne.

 

La putain latiniste

 

Une catin,

parlant latin,

récite Ovide

aux corps avides,

récite Horace

sur la terrasse

et Cicéron

sur le perron.

Sa langue agile

gémit Virgile

avant l’orgasme,

ensuite Erasme.

 

quid ?


 

suis fruit qui luit

suis bruit puis nuit

suis puits qui fuit

suis huit muids hui

suis buis qui nuit

suis duit puis glui

suis huis qui bruit

suis suif cuir juif

suis lui qui suit

suis cuit !

 

L’affamé

 

J’ai faim ! Cela doit provenir de mon anatomie. Une bouche, des dents, un palais. J’ai faim ! Un œsophage, un estomac, des intestins. J’ai faim ! De me savoir tous ces organes — en parfait état de marche — ça me donne faim. Un pylore, un foie, une vésicule... mais hélas un seul nez ! Voilà pourquoi j’ai faim. J’aurais certainement moins faim si j’avais dix nez.

 

Le xénophile

 

J’ai mangé trois congolais, six prussiens, deux milanais, sept bavarois, quatre florentins et cinq génoises. Un psychanalyste prétend que je suis un anthropophage refoulé.

 

L’assassin

 

Mon cousin fut arrêté après avoir tué deux cent cinquante mille personnes. En prison, pour se distraire, il respecta une minute de silence en mémoire de sa première victime, une minute de silence en mémoire de sa seconde victime, et cætera. Seulement, à ce petit jeu, mon cousin tuait le temps. Outre qu’il aggravait son cas, il fut bien embêté quand il voulut respecter une minute de silence en mémoire du temps.

 

L’esprit des lois

 

La nouvelle loi antiraciste interdit de vendre un petit Suisse, de manger une tête de nègre ou de cogner le petit juif


 

Forme passive

 

Une douche a été prise par moi. Un linge a été mouillé par moi. Des habits ont été revêtus par moi. Un café a été bu par moi. Un journal a été lu par moi. Une cigarette a été fumée par moi. Une porte a été ouverte par moi. Une voiture a été conduite par moi. Un travail a été effectué par moi. Un salaire a été touché par moi. Cinq mille francs par mois.

 

Pardonnez-moi !

 

J’ai déjà donné mon temps, mon avis, ma parole d’honneur, ma main à couper, ma langue au chat, le meilleur de moi-même. Je crois que ma générosité me perdra.

 

Genèse

 

Au Commencement

Dieu créa le rhume

Puis il créa l’homme

pour loger le rhume

L’homme éternua

Fut créé le vent

qui répand le froid

qui répand le rhume

 

Tristan et Yseut

 

Deux corps fous flâneurs sont liés par le vin trop pur d’un serment.

 

Qui suis-je ?

 

Je tais mon nom, pour que tu le découvres.

Observe-moi, puisque mon cœur s’entrouvre !

Je fais appel à ton intelligence,

car je suis femme et j’ai mes exigences.

Devine-moi, si tu veux me connaître,

démontre-moi que tu es un bon maître !

Je te promets la clé du paradigme,

si tu réponds que je m’appelle : ......

 

À la manière de La Bruyère

 

Il a le teint pâle, l’œil fixe et terne, le visage ridé, le corps avachi. Il est silencieux, n’interrompt jamais quelqu’un qui parle. Il dort le jour, il dort la nuit, et profondément. Il ne fume pas, ne boit pas, ne goûte pas aux plaisirs de la chair. Il est très souvent seul et, les rares fois qu’on lui rend visite, aucun propos n’est échangé. Il ne va jamais à l’église, mais dort toujours en dessous de sa croix. Il dispose d’un petit jardin qu’il ne cultive pas : d’autres s’en chargent. Il ne fait jamais rien. Il est froid, solitaire, indifférent. Peut-être aime-t-il les fleurs.

Il est mort.

 

Reconstituez l’histoire !

 

Coup d’œil, coup de foudre, coup à boire, coup de pot, coup d’éclat, coup de pompe, coup de peigne, coup de sonnette, coup de théâtre, coup dur, coup de tête, coup de fusil, coup de grâce.

 

Progression de la douleur

 

Il gèle à pierre ...... dans mon cœur. Je ne sais plus ...... en larmes depuis que tu as voulu me ...... comme un mouton. Alphonse Allais dirait que c’est à se ...... Mais quand on a dû ...... la poussière, on a plutôt envie de crier ......, comme le dit si bien Ubu. Il n’est pas facile de ...... la face ; certains en viennent même à se ......

 

Omissions d’un trac´

 

Qui disparaît à la fin d’un martyr ?

Qui sort d’un mot par un vol à la tir ?

Qui part au loin quand bruit la carabin ?

Qui n’agit plus pour faiblir la turbin ?

Qui fuit sans bruit lorsqu’il trahit la coup ?

Qui soustrait-on pour obscurcir la loup ?

Qui n’a plus cours au bout du trop long Tag ?

Qui fait motus pour raccourcir un gag ?


 

Le signe des amants

 

Entre Roméo & Juliette,

il n’y a qu’une esperluette :

l’infini rendu vertical,

la clef de l’amour musical.

 

Sur le crâne

 

J’aime de plus en plus les galûres.

Le canôtier me fait dériver.

Un beau panamâ me canalise.

Je porte un feûtre pour dessiner.

Je choisis le gîbus pour me pendre.

Une mître m’ouvre l’appétit.

Un képî me donne un air typique.

Grâce au melôn, j’ai le brâs plus long.

Le bérêt révêle mon génîe.

Ô ma tête, ô raison, ô châpeaux !

 

Jusqu’au bout de l’halieutikoç

 

Je le dis çans façon :

je çuis un fou de pêche !

J’aime tant les poiçons :

les lançons, les çardines,

les truites, les çaumons...

Amis, lançons nos lignes

et çoyons attentifs !

Je çais que ça va mordre,

mordre à nos hameçons !

 

Lieu (1)

 

À la salle de bains, il y a une douche pour sauver sa peau, des cotons-tiges pour mieux entendre les voisins, une brosse à dents pour ne pas manger durant le sommeil, un bidet pour laver son honneur.

 

Lieu (2)

 

À la boucherie végétarienne, on peut acheter des coeurs-de-pigeon, des pieds-de-mouton, des dents-de-lion, des langues-d’agneau, des oreilles de Judas, des têtes d’artichauts, des queues de radis, des côtes de bettes.

 

Mes premiers métiers

 

Je ne suis

ni empailleur d’aiguilles à tricoter,

ni masseur de murs en béton armé jusqu’aux dents,

ni hygiéniste dentaire pour scies sauteuses pendulaires,

ni effaceur d’arcs-en-ciel,

ni aiguiseur de coussins,

ni habilleur de parcmètres,

ni dénoueur de spaghettis dans un restaurant italien,

ni souffleur de chaussettes,

ni dresseur d’incendies,

ni tatoueur d’estomacs,

ni chauffeur d’icebergs,

ni buveur d’océans,

ni lecteur de foudre,

ni arracheur de clous de girofle,

ni colonel de l’armée des citrons.

 

J’ai commencé à gagner ma croûte comme lécheur de timbres dans un bureau postal de l’Antarctique. Ce n’était pas un métier facile. Il me fallait cent fois par jour me rincer la bouche avec de l’antigel, afin d’éviter la cristallisation du timbre entre l’instant du léchage et celui du collage. Cela m’a complètement détraqué l’estomac.


 

En effeuillant la Marguerite

 

Elle m’aime...

 

un peu,

un peu plus qu’un peu,

un peu moins que beaucoup (mais il ne s’en faut pas de beaucoup),

beaucoup (ce qui est beaucoup plus simple),

un peu plus que beaucoup (ce qui n’est pas beaucoup plus),

passionnément (ce qui est encore beaucoup trop peu),

à la folie (donc avec beaucoup de passion et peu de retenue),

plus qu’à la folie (c’est-à-dire pas du tout !).

 

Une partie

 

Peut-on jouer aux cartes avec des livres ? J’ai trouvé : La Dame de pique (Pouchkine), La dame de coeur (Daniel Boulanger), La Dame de trèfle (Gabriel Arout), La Dame de carreau (Willy Vandersteen), Le valet de pique (Mello Mourao), Le valet d