MANUSCRITS - 2
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PASCAL KAESER
&
version provisoire
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TABLE DES MATIÈRES
DÉTOURNER
STRUCTURER
PENSER
RIMER
INSISTER
CRYPTER
RESTREINDRE
EXAGÉRER Un avant-goût de tout
HAIKUS DROLATIQUES
Définition
Poème en trois vers, de cinq, sept et cinq syllabes, venu du Japon.
Acrostiche
Zénobie exprime un dépit par un mot court tout à fait poli.
Petite annonce
Vampire élégant voudrait rencontrer Persans pour boire des coups.
Immoraliste
Parler bien du bien, c’est dire du mal du bien et du bien du mal.
Aztèque
Chicomécoatl, Yaotl et Quetzalcoatl schtroumpfent du peyotl.
Syllogisme
Tout homme est mortel. La mortadelle est teutonne. Donc Socrate étonne.
Existentialiste
Je suis l’être-là, dont le soi tend vers le moi ou se noie en toi.
Tricolore
Quand le cordon-bleu est trop cousu de fil blanc, le Français voit rouge.
Tautogramme
Ta tata t’a teint. Ton tatou t’a tout tâté. Tu t’es tu, têtu !
Fable-express
Ne faites par peur aux enfants ! Moralité : Terreur n’est pas conte.
Rimes équivoquées
Près du perroquet, le chien se repère au quai. L’ara : – Paix, roquet !
Anagrammes
Il faut le noter : notre ténor sur son trône doit faire un étron.
Tum-tum
Sous un post-scriptum, l’erratum ad libitum sert d’ultimatum.
Chanson
Au clair de la Lune, je dois payer mes impôts. Prête-moi des thunes !
Adultère diététique
Bill, un boulimique, cherche une grasse maîtresse pour tromper sa faim.
Écrivains
Genet l’a planté. Racine l’a prise en France. Char l’a tiré loin.
Proverbe
Qui sort un proverbe au lieu de sortir sa langue, ne sort pas du rang.
Monovocalisme en e
Le PDG sec presse le désespéré de fermer le bec.
Monovocalisme en u
Brutus, l’urubu, crut qu’Ubu but du pur jus sur l’urus du duc.
Monoconsonnantisme en s
À Suse, Isis use ses oiseuses oasis où Sue a sué.
Notes de musique
Dos ciré, Rémi, l’ami lascif adoré, l’ado si miré.
Séquence vocalique
« L’art me fit cocu avec l’inconnu caché », dit l’obscur grand clerc.
Palindrome
ô nécessité, relis « net » sur « ustensile », retisse ce nô !
Épistolaire
Ma chère Claudine, j’ai quelque chose à vous dire. Bien à vous, Pascal.
INVENTAIRE D’INVENTIONS
Mes inventions ne tiennent pas debout. Je me contente de les coucher sur papier pour asseoir ma réputation.
Des lunettes pour lire entre les lignes (elles font notamment apparaître les mots invisibles écrits à l’encre sympathique).
Une balance pour peser ses mots (utile pour raconter une histoire légère ou développer des arguments de poids).
Un altimètre pour mesurer la hauteur des pensées.
Une pommade pour cicatriser les plaies d’argent (appliquer deux fois par jour sur la lésion — pour pièces en tous métaux).
Une poche pour y mettre sa langue (scientifiquement humidifiée, afin que la langue ne s’y dessèche pas).
Une pâte pour y mettre la main (isolation thermique complète — utile les jours de grand froid).
Un arc à tirer des conclusions (avec plusieurs vitesses : pour conclusions hâtives ou tardives — grande portée).
Un ascenseur pour faire monter les prix (rend d’inestimables services aux commerçants).
Une pilule contraceptive pour montagnes (à l’usage de celles qui ne veulent pas accoucher d’une souris).
Un calendrier avec douze mois de mai (pour faire ce qui vous plaît durant toute l’année).
Un climatiseur pour faire mûrir les réflexions.
Un pistolet propulseur de bave de crapaud (indispensable pour avoir des chances d’atteindre la blanche colombe).
Une cheville pour attacher l’âme au corps (permet d’éviter les envolées lyriques).
Un spray bovicide (inoffensif pour l’homme — s’en asperger la langue pour tuer tout bœuf qui serait dessus).
Un liquide qui annihile la pesanteur des tissus biologiques (sur simple injection hypodermique, rend instantanément la cuisse légère — utile aux séducteurs peu scrupuleux).
Un bandeau transparent à isolation thermique (pour ne pas avoir froid aux yeux).
Un immobilisateur d’auriculaire (pour ne pas bouger le petit doigt).
Un onguent ignifuge pour ne pas se brûler les ailes (recommandé aux anges — si vous n’êtes qu’un simple humain, peut aussi, sous forme de shampooing, vous prémunir contre la tentation de vous brûler la cervelle).
Un appareil à tatouer pour vous faire une belle jambe (dissimule les varices).
Une housse pour bouteille (en satin doux — destinée à tous ceux qui aiment caresser la bouteille).
Une laine pour filer le parfait amour.
Un tableau noir penché (idéal pour enseigner à des élèves qui comprennent tout de travers).
Une puce électronique à greffer sur le bout du doigt (pour connaître parfaitement tout sujet).
Un couteau universel pour couper les vivres.
Un étal de boucher athée pour débiter son chapelet.
Une mini-poêle en Téflon pour dorer la pilule.
Une petite casserole pour échauffer la bile.
Des gants sans doigts, en caoutchouc ferme, pour dormir à poings fermés.
Un poste de radio sans son (pour n’écouter que son courage).
Un tonifiant musculaire pour entrer en vigueur.
Une pierre philosophale qui opère directement la transmutation du temps en argent.
Une assiette géante permettant d’être dedans.
Une chose à porteurs (pour être porté sur la chose).
Un micro d’espion, se fixant sur les nuages, pour être dans le secret des dieux.
Un urinoir en forme de violon.
De l’ammoniac pour ranimer quelqu’un qui se serait évanoui dans le brouillard.
Un compas géant pour faire cercle autour de quelqu’un.
Une cuillère spécialement étudiée pour faire rentrer les mots dans la gorge.
Un condiment pour faire passer le goût du pain.
Une huile pour faire la grasse matinée.
Une boîte à outils contenant de tout (indispensable pour faire un monde).
Une hache pour se fendre la gueule (suicidez-vous en riant !).
Un fichier pour ficher les foies.
Un album pour constituer un herbier avec de beaux brins de filles.
Des baskets à jets d’acide (pour qu’on vous les lâche).
Un attendrisseur de mots (pour ne pas les mâcher).
Un crayon pour marquer le pas.
Des pastilles amaigrissantes (pour ne pas peser lourd et jouer au plus fin).
Un aquarium à pétrole (pour noyer le poisson).
Un plan détaillé des Enfers (pour aller au diable).
Une tasse minuscule pour boire du petit lait.
Une chaussure sonore pour faire un appel du pied.
Une trousse de premiers secours (spécialement indiquée pour les jours où il pleut des hallebardes).
Des choses n’ayant qu’un côté (pour les prendre du bon).
Un piège à cervidés (pour prendre son élan).
Un casque réfrigérant pour rafraîchir la mémoire.
Une trousse médicale d’urgence pour sauver les apparences.
Un traité de manucure (pour tout savoir sur le bout des ongles).
Un plan de l’auberge (pour en sortir).
Un ciseau pour tailler une bavette.
Des farces et attrapes pour taquiner le goujon.
Un tuyau pour vider les lieux.
Un scalpel pour ouvrir son cœur (à l’usage des jeunes gens timides qui éprouvent maintes difficultés à exprimer leurs sentiments).
Une machine à calculer permettant de soustraire n’importe quel nombre au regard.
Un cache-nez pour ne plus se laisser mener par le bout du nez.
Une chaîne pour ne pas perdre la boule (recommandée aux vieillards).
Un assortiment complet de micro-instruments de torture (le matériel dont rêvent depuis longtemps tous ceux que tourmente le désir de faire du mal à une mouche).
Un couteau remarquable qui coupe même le souffle.
Un treuil pour lever une fille.
Un manuel d’acupuncture (permet entre autres de localiser le point d’honneur et de le chatouiller).
Un analyseur de viandes, qui permet de différencier le lard et le cochon.
Un porte-voix pour crier dans le désert.
Des WC dont l’acoustique a été spécialement étudiée pour pouvoir s’écouter pisser.
Un sabre en acier trempé (pour donner des coups d’épée dans l’eau).
Une mire de géomètre pour évaluer la mesure du possible.
Un corset pour empêcher que l’on se torde de rire.
MINIATURES
Rimes alphabétiques
Nausicaa / me déplomba. / Polo coca, / bas réséda, / slip nymphéa / sur le sofa. / C’est la saga / d’une geisha, / d’un dahlia / éclos déjà, / couleur moka, / parfum lila, / qui m’alluma, / qui me donna, / contre un boa, / l’air d’un sherpa. / Rien ne manqa / à l’opéra / qui nous grisa. / L’amour bêta / m’exténua. / La Gradiva / d’Okinawa / me désaxa, / me foudroya / et me gaza.
Graal-phonie
Perceval, pair civil, pur, sans voile, perd sa ville, part, s’envole pour son val, perce un vil Persan veule. Peur s’avale.
Sent-on ?
Sang ! ton centon s’ente – on s’en tond ! Sentons cent thons, santons, sente, once, ans, tons ! Sans tongs !
Méli-mélo
Salut l’ami ! J’ai vu Lima, j’ai vomi là plus qu’au Mali. Ma Salomé m’a dit les mots d’un vieux mélo. Faut m’immoler ! Un mec l’émut : un allumé, un émulé, un homme élu. Ce gars l’aima sans la blâmer. J’eus très mal et tout se mêla.
Bout rimé
Mary lut dans le marc que ramer dans la mare ou rimer dans la mer ranimeront la mère qui mourut dans le mir où l’amoureux se mire et le moral est mort aux pieds d’un marin maure murmurant au long mur que la morale est mûre.
Paréchèmes
Zanzibar : bar barbare. Malabar : barbe, ars, barre. Racontar : tard, tartare. Avatar : tarte, art, tare.
Lu & relu
Il semblerait qu’à Honolulu Lulle eût lu « Lulu l’ululante ».
[« Lulu l’ululante » est une pièce de François Vedequin, un obscur auteur de la fin du treizième siècle.]
Aine
Nini, une nana ionienne née à Ioannina, ni nounou, ni nonne, ni oie, a ânonné un ana à Annonay : « Annie a noué un unau à un ânon, un aune à une anone, un ion à un éon. Anna, une aînée, a uni Anou à une Nina, Enée à Ino. Anne a nui à un Noé noyé à Enna, a ennuyé un Onan noué à Iéna ». À Eu, Nin a ânonné : « Nini a un néné nain ». En Ain, Ninon a nié : « Non, nenni ! Nini a un néné inouï, un néné où un Ney, une année, a ouï ! Nini a une aine où Inönü, néo-éon au noyau en néon, a — nu — noué une union ». Nuée à Nyon, où nana Nini a eu un nano-anneau en anion. Une eau unie a noyé un ennui inné.
LSD
Alésia : Duilius — dieu ailé, as adulé — soude la suie de la Suède à l’os d’Élise d’Aulis. Adieu loué Saadi — alias aède au lis — idole aisée d’Éole, séide lié au Sud, lieu osé du lèse-Adélie. Si Délos aide Luis, Odile, Sadoul ou Esaü, dilue soda, aloès, deuil ou soie d’Élysée, adieu Elie, Sade, Ali Saïd. À l’aise, Dali ose au delà (si Doyle use de l’oside).
Elsa
À Alès, Elsa a salé l’ale, la Lesse, la Saale. Allée à Salé, là, elle a sellé La Salle. À Lasalle, la salle à salsa l’a lassée : elle a alésé le sas.
Las ! Al — l’as ès lé à l’alèse sale — se lasse : Elsa a lésé les aselles, les allèles à El, les Ases, l’Asala ! Al la lèse à l’esse. Aléa...
Lest
L’été, le leste Tell tète Estelle (elle este !), teste le Télétel, le sel este et le lette, leste ses sets, ses tees et ses esses, selle Lee, lèse Sée et étête stèles et tsé-tsé. Tel est Tell.
La vraie vie est en ce monde
Je perds LE NORD quand j’ai peur. Le danger du froid me pousse à descendre vers les fruits. L’OUEST me balance à L’EST, car il faut tourner pour vivre. L’effroi tombe en voyageant. Voici LE SUD et j’exulte !
La politique est partout présente
Je suis EN HAUT quand j’ai soif d’inventer des monologues qui chahutent les idées, À GAUCHE, AU MILIEU, À DROITE, afin que les valeurs bougent, que les idoles s’écroulent ! Peuple d’EN BAS, hisse-toi !
Au bord du trou
Je ne comprends plus rien, mon esprit est comme embroché. Je ne dois pas boire comme un trou, non, non, non, stop ! Je ne veux pas finir au trou au trou des misérables. Ne pas tomber dans le trou le trou du désespoir. Je désire faire mon trou un trou qui libère. J’ai la trouille du trou du trou de mémoire. À quoi bon creuser le trou le trou qui désunit ? Tout individu bouche un trou un trou qui est sa vie. Il faut un jour sortir de son trou, mourir pour renaître. Je comprends qu’un regard a besoin de changer de serrure.
Regard décalé
Voir de plus en plus loin permet d’avoir l’âme ouverte à l’accueil, de pouvoir savourer l’instant, de concevoir des projets fous, de se promouvoir troubadour, d’être heureux de savoir jouer, d’offrir sa peine à la voirie, et de repousser le devoir.
L’érosion s’érode et l’amour revient
EROSION EROSIO EROSI EROS
Air de rien
rIEN
Un petit roque
La comète annonça le rock, qui provoqua le désarroi parmi les preux et les aurochs. Lorsque le rythme en grand arroi agita le stuc et le roc, les ducs perdirent leur sang froid, les tsars pissèrent dans leur froc. Qui vint à son TOUR ? C’est le ROI.
Amis, entrez dans la danse ! [code cyclique sur GF(3)]
Dans l’Alabama d’Anna, la samba flamba, le bal siffla, le val vibra, le bar tinta, grisant les gars, liant les pas, triplant l’éclat. Angela vrilla, trembla, gifla et glapit. Western zinzin, fête d’ici, enfer divin ! Vivent les titis, les gredins chics, les festins ! L’art gicla, zébra, brilla, cercla l’immanent. Le cri timbré de Vicki retentit, strident : « Hip, hip ! mes chéris ! L’hiver est fini, semez ! »
Pipoème
Effet de pépie épique ou pire : dans le fourneau d’une belle pipe, une pipistrelle a fait pipi.
[En comptant la syllabe « pi » dans chaque vers, on obtient respectivement 3, 1, 4.]
Carré magique
Un ténébreux crie. Comment tenir bon ? Orphée a triomphé.
[En associant à chaque mot le nombre de lettres qu'il comporte, on obtient un carré magique.]
Carré gréco-latin
Barman turc, on est divin... En avant sur zinc, colons ! Gin, menthe, arak : stock bu ! Donc: « Fi ! Peste ! ». Putsch, sac. Futur job : « Instit, ma mère ! »
Si, pour chaque mot, on écrit l’unique voyelle qu’il contient (une ou deux fois) suivie du nombre de lettres, on obtient le carré suivant :
a6 u4 o2 e3 i5 e2 a5 u3 i4 o6 i3 e6 a4 o5 u2 o4 i2 e5 u6 a3 u5 o3 i6 a2 e4
Il s’agit d’un carré gréco-latin (ou carré eulérien) : chaque voyelle et chaque nombre est présent dans chaque ligne et chaque colonne ; chaque couple voyelle-nombre est présent une seule fois.
Couples de voyelles
Comment tuer l’instant neuf, bannir l’écart futur, briser l’esprit luron qui distord tout canon moral, honnir avant l’écho l’intrus aux brûlants instincts cochons ? Avec l’Enfer !
[Chaque couple possible de voyelles est présent dans un seul mot et chaque mot (hormis « l’ ») contient deux voyelles.]
Couper les cheveux en quatre
Un esprit sûr dans un corps mûr voit-il vraiment les éléments furtifs qui vont mesurer son étonnement ?
[En comptant le nombre de syllabes dans chaque mot, on obtient, vers après vers, respectivement : 1+2+1, 1+1+1+1, 1+1+2, 1+3, 2+1+1, 3+1, 4, c’est-à-dire les sept partitions ordonnées du nombre 4.]
Permutations de « Permutations »
Permutations : Un trompé sait mentir au stop, puis noter : « mat ! » et « mort au spin ! »
Ferme
À la ferme, j’ai l’esprit ferme ou je ferme ma gueule. Loin de la ferme, je ferme mon cœur avec une volonté ferme. Par contre, je ne ferme jamais les yeux et j’attends de pied ferme les ennemis de la ferme. Puisque toute plaie se ferme sur le chemin de la ferme, je tends une main ferme à mon prochain. Mais dois-je rester ferme si je veux que la ferme ne se ferme pas à l’imprévu ? Quoi qu’il en soit, d’un style ferme, je ferme le chant de la ferme.
[Ce texte met en scène les six permutations possibles de trois éléments qui sont : le nom « ferme », l’adjectif « ferme » et le verbe conjugué « ferme », à raison d’une permutation par phrase.]
Nombres autopermutants
Chacun des nombres suivants est égal au nombre de permutations possibles des chiffres et des apostrophes qui le constituent :
31’725’945’021’352’982’400’000 91’957’651’644’391’619’486’400’000 853’740’676’447’588’582’081’228’800’000
et il n’y a pas d’autres solutions jusqu’à 30 chiffres.
Les raisons de la galère
L’enfant d’un vigneron / de Gascogne buvait des biberons / de Bourgogne, puis frappait les barons / de ses pognes, vomissait des jurons / sans vergogne, draguait des laiderons / de Pologne, faisait le fanfaron / à Cologne, mangeait des chaperons / de Sologne et barbouillait d’étrons / les cigognes.
À père vigneron, / fils ivrogne.
La putain latiniste
Une catin, parlant latin, récite Ovide aux corps avides, récite Horace sur la terrasse et Cicéron sur le perron. Sa langue agile gémit Virgile avant l’orgasme, ensuite Erasme.
quid ?
suis fruit qui luit suis bruit puis nuit suis puits qui fuit suis huit muids hui suis buis qui nuit suis duit puis glui suis huis qui bruit suis suif cuir juif suis lui qui suit suis cuit !
L’affamé
J’ai faim ! Cela doit provenir de mon anatomie. Une bouche, des dents, un palais. J’ai faim ! Un œsophage, un estomac, des intestins. J’ai faim ! De me savoir tous ces organes — en parfait état de marche — ça me donne faim. Un pylore, un foie, une vésicule... mais hélas un seul nez ! Voilà pourquoi j’ai faim. J’aurais certainement moins faim si j’avais dix nez.
Le xénophile
J’ai mangé trois congolais, six prussiens, deux milanais, sept bavarois, quatre florentins et cinq génoises. Un psychanalyste prétend que je suis un anthropophage refoulé.
L’assassin
Mon cousin fut arrêté après avoir tué deux cent cinquante mille personnes. En prison, pour se distraire, il respecta une minute de silence en mémoire de sa première victime, une minute de silence en mémoire de sa seconde victime, et cætera. Seulement, à ce petit jeu, mon cousin tuait le temps. Outre qu’il aggravait son cas, il fut bien embêté quand il voulut respecter une minute de silence en mémoire du temps.
L’esprit des lois
La nouvelle loi antiraciste interdit de vendre un petit Suisse, de manger une tête de nègre ou de cogner le petit juif
Forme passive
Une douche a été prise par moi. Un linge a été mouillé par moi. Des habits ont été revêtus par moi. Un café a été bu par moi. Un journal a été lu par moi. Une cigarette a été fumée par moi. Une porte a été ouverte par moi. Une voiture a été conduite par moi. Un travail a été effectué par moi. Un salaire a été touché par moi. Cinq mille francs par mois.
Pardonnez-moi !
J’ai déjà donné mon temps, mon avis, ma parole d’honneur, ma main à couper, ma langue au chat, le meilleur de moi-même. Je crois que ma générosité me perdra.
Genèse
Au Commencement Dieu créa le rhume Puis il créa l’homme pour loger le rhume L’homme éternua Fut créé le vent qui répand le froid qui répand le rhume
Tristan et Yseut
Deux corps fous flâneurs sont liés par le vin trop pur d’un serment.
Qui suis-je ?
Je tais mon nom, pour que tu le découvres. Observe-moi, puisque mon cœur s’entrouvre ! Je fais appel à ton intelligence, car je suis femme et j’ai mes exigences. Devine-moi, si tu veux me connaître, démontre-moi que tu es un bon maître ! Je te promets la clé du paradigme, si tu réponds que je m’appelle : ......
À la manière de La Bruyère
Il a le teint pâle, l’œil fixe et terne, le visage ridé, le corps avachi. Il est silencieux, n’interrompt jamais quelqu’un qui parle. Il dort le jour, il dort la nuit, et profondément. Il ne fume pas, ne boit pas, ne goûte pas aux plaisirs de la chair. Il est très souvent seul et, les rares fois qu’on lui rend visite, aucun propos n’est échangé. Il ne va jamais à l’église, mais dort toujours en dessous de sa croix. Il dispose d’un petit jardin qu’il ne cultive pas : d’autres s’en chargent. Il ne fait jamais rien. Il est froid, solitaire, indifférent. Peut-être aime-t-il les fleurs. Il est mort.
Reconstituez l’histoire !
Coup d’œil, coup de foudre, coup à boire, coup de pot, coup d’éclat, coup de pompe, coup de peigne, coup de sonnette, coup de théâtre, coup dur, coup de tête, coup de fusil, coup de grâce.
Progression de la douleur
Il gèle à pierre ...... dans mon cœur. Je ne sais plus ...... en larmes depuis que tu as voulu me ...... comme un mouton. Alphonse Allais dirait que c’est à se ...... Mais quand on a dû ...... la poussière, on a plutôt envie de crier ......, comme le dit si bien Ubu. Il n’est pas facile de ...... la face ; certains en viennent même à se ......
Omissions d’un trac´
Qui disparaît à la fin d’un martyr ? Qui sort d’un mot par un vol à la tir ? Qui part au loin quand bruit la carabin ? Qui n’agit plus pour faiblir la turbin ? Qui fuit sans bruit lorsqu’il trahit la coup ? Qui soustrait-on pour obscurcir la loup ? Qui n’a plus cours au bout du trop long Tag ? Qui fait motus pour raccourcir un gag ?
Le signe des amants
Entre Roméo & Juliette, il n’y a qu’une esperluette : l’infini rendu vertical, la clef de l’amour musical.
Sur le crâne
J’aime de plus en plus les galûres. Le canôtier me fait dériver. Un beau panamâ me canalise. Je porte un feûtre pour dessiner. Je choisis le gîbus pour me pendre. Une mître m’ouvre l’appétit. Un képî me donne un air typique. Grâce au melôn, j’ai le brâs plus long. Le bérêt révêle mon génîe. Ô ma tête, ô raison, ô châpeaux !
Jusqu’au bout de l’halieutikoç
Je le dis çans façon : je çuis un fou de pêche ! J’aime tant les poiçons : les lançons, les çardines, les truites, les çaumons... Amis, lançons nos lignes et çoyons attentifs ! Je çais que ça va mordre, mordre à nos hameçons !
Lieu (1)
À la salle de bains, il y a une douche pour sauver sa peau, des cotons-tiges pour mieux entendre les voisins, une brosse à dents pour ne pas manger durant le sommeil, un bidet pour laver son honneur.
Lieu (2)
À la boucherie végétarienne, on peut acheter des coeurs-de-pigeon, des pieds-de-mouton, des dents-de-lion, des langues-d’agneau, des oreilles de Judas, des têtes d’artichauts, des queues de radis, des côtes de bettes.
Mes premiers métiers
Je ne suis ni empailleur d’aiguilles à tricoter, ni masseur de murs en béton armé jusqu’aux dents, ni hygiéniste dentaire pour scies sauteuses pendulaires, ni effaceur d’arcs-en-ciel, ni aiguiseur de coussins, ni habilleur de parcmètres, ni dénoueur de spaghettis dans un restaurant italien, ni souffleur de chaussettes, ni dresseur d’incendies, ni tatoueur d’estomacs, ni chauffeur d’icebergs, ni buveur d’océans, ni lecteur de foudre, ni arracheur de clous de girofle, ni colonel de l’armée des citrons.
J’ai commencé à gagner ma croûte comme lécheur de timbres dans un bureau postal de l’Antarctique. Ce n’était pas un métier facile. Il me fallait cent fois par jour me rincer la bouche avec de l’antigel, afin d’éviter la cristallisation du timbre entre l’instant du léchage et celui du collage. Cela m’a complètement détraqué l’estomac.
En effeuillant la Marguerite
Elle m’aime...
un peu, un peu plus qu’un peu, un peu moins que beaucoup (mais il ne s’en faut pas de beaucoup), beaucoup (ce qui est beaucoup plus simple), un peu plus que beaucoup (ce qui n’est pas beaucoup plus), passionnément (ce qui est encore beaucoup trop peu), à la folie (donc avec beaucoup de passion et peu de retenue), plus qu’à la folie (c’est-à-dire pas du tout !).
Une partie
Peut-on jouer aux cartes avec des livres ? J’ai trouvé : La Dame de pique (Pouchkine), La dame de coeur (Daniel Boulanger), La Dame de trèfle (Gabriel Arout), La Dame de carreau (Willy Vandersteen), Le valet de pique (Mello Mourao), Le valet d |